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Analyse, Société

« PMA, GPA, manipulations génétiques » : un débat proposé par ATTAC La Ciotat

À La Ciotat jeudi dernier, le débat « PMA, GPA, manipulations génétiques » organisé par le comité local ATTAC (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne) fut aussi passionnant qu’éclairant pour une trentaine de personnes qui étaient venues écouter Marie-Angèle Hermitte, directrice d’étude à l’EHESS et spécialiste du droit et des sujets de bioéthique en société.

Le comité local ATTAC a justifié l’organisation d’un tel débat vu l’importance du sujet de la PMA et des diverses opinions, doutes ou interrogations qu’il suscite dans la population. Rappelons que le contexte présent est celui d’un projet de loi relatif à l’ouverture des techniques d’assistance médicale à la procréation aux femmes seules désirant avoir un enfant : s’agit-il d’un enjeu de démocratie, un enjeu plus égalitaire des droits ? Tout ce qui est possible du fait des techniques est-il un bien ?

Pour apporter des réponses à ces questions, les travaux de Marie-Angèle Hermitte s’appuient sur plus de trente années d’enquête auprès des institutions et des acteurs concernés par la circulation des corps et des matériels biologiques. Son exposé a mis en évidence les productions conjointes du droit et des biotechnologies médicales : ces dernières s’inscrivent toujours plus dans la médicalisation, avec une séparation assez nette des actes thérapeutiques.

Les échanges qui ont suivi avec la salle ont duré environ une heure, ce qui a permis à chacun de poser des questions sur des pratiques de procréation médicales de plus en plus complexes, potentiellement coûteuses pour le contribuable, et relativement peu appuyées sur les droits de l’enfant. Marie-Angèle Hermitte a rappelé à quel point les motivations des acteurs pouvaient être différentes, et que les revendications de nombreux scientifiques, praticiens et élus se réclamaient toujours d’un certain progressisme, souvent sur fond de transhumanisme.

Il était donc particulièrement bienvenu qu’ATTAC propose une telle rencontre de proximité pour la population, avec une réelle capacité d’écoute et d’échange pour comprendre des enjeux de société. Et c’était l’un des aspects que la conférencière a souligné en expliquant le travail qu’elle avait mené avec le biologiste Jacques Testart : l’organisation de débats relatifs à des sujets complexes ne doit jamais être laissée au hasard, notamment lorsque ces temps collectifs ont pour finalité d’informer et de délibérer avec des citoyen(ne)s.

Cliquer sur l’image pour accéder au site ATTAC La Ciotat

Sur le sujet des conférences de citoyens, on pourra consulter : Marie-Angèle HERMITTE, « Conférence de citoyens », in CASILLO I. avec BARBIER R., BLONDIAUX L., CHATEAURAYNAUD F., FOURNIAU J-M., LEFEBVRE R., NEVEU C. et SALLES D. (dir.), Dictionnaire critique et interdisciplinaire de la participation, Paris, GIS Démocratie et Participation, 2013, ISSN : 2268-5863. URL : www.dicopart.fr/es/dico/conference-de-citoyens.

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2 Comments

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    Kati Lro

    Merci Yann pour toutes ces références érudites.
    Je n’ai pas pu assister à la conférence et le regrette car j’ai un avis : je pense de façon générale et tout à fait banale qu’il y a danger à se laisser dépasser par la technique : bon sujet de philo! ça c’est fait…
    Je ne disserterai pas là dessus mais telle est mon intime conviction :
    Le droit de l’enfant doit primer sur le désir des parents et de ce fait, j’ose dire que je suis opposée à la GPA qui conduit à la marchandisation des corps et est une régression pour le droit des femmes , des enfants et pour nos sociétés humaines .

  2. Yann P.

    Yann P.

    Pour l’instant, le projet de loi prévoit d’étendre la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes célibataires, il n’y est pas question de gestation pour autrui (GPA). Cette dernière pratique reste interdite en France depuis une décision de la Cours de cassation en 1991, jurisprudence en partie confirmée par la loi de bioéthique de 1994. Toutefois, Marie-Angèle Hermitte a mis en évidence des « glissements » qui se succèdent tant à travers les définitions du corps humain que des pratiques médicales, dans le droit français et à l’OMS, ainsi qu’à travers les discours du transhumanisme. On peut se demander, d’une part, comment la future loi pourrait affirmer le positionnement que semble adopter la société française à l’égard de l’interdiction de la GPA ; d’autre part – et c’est là que le débat est loin d’être tranché – quels sont les arguments en faveur de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes, sans reculer sur un certain nombre de droits et notamment les droits de l’enfant ni laisser la moindre place pour des dérives eugénistes. La PMA pour toutes les femmes priverait de facto les enfants né(e)s de cette technique d’une moitié de lignée familiale, à la différence des orphelins à qui personne ne choisit d’attribuer un tel risque (risque matériel en premier lieu) avant la naissance.

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